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Rappel pour tous sur la problématique des ZMEL à Villefranche-sur-Mer

By on 15 juillet 2020

Petit à petit, les décideurs publics semblent enfin prendre la mesure d’un élément que les usagers de la mer ont compris depuis bien longtemps : la fragilité du milieu marin, et la nécessité de changer certaines pratiques.

A l’A.A.R.V, nous militons depuis plus de 20 ans déjà pour le déploiement de ZMEL (Zones de Mouillages à Équipements Légers) dans la rade de Villefranche/mer. Alliant la parole à la pratique, et afin de suppléer aux carences de la commune de Villefranche dans ce domaine (qui promet la création de zones de mouillage depuis plus de 20 ans, nous avons développé des techniques de mouillage novatrices et respectueuses des fonds marins, grâce à des équipements qui assurent la protection des fonds marins ,mais aussi  la sécurité des bateaux. Rappelons-le ici : sans sécurité des bateaux, il ne saurait y avoir de protection des fonds marins. Il serait temps que la mairie ouvre les yeux sur ce point crucial, pour arrêter l’hémorragie des épaves au fond de l’eau ou sur les plages.

La question de la création de ZMEL dans la rade de Villefranche semblait pourtant avoir été débloquée en 2017 par la volonté du maire, Christophe Trojani, de limiter le phénomène de mouillage sauvage dans la rade : certains propriétaires peu scrupuleux profitent en effet depuis trop longtemps de ce site exceptionnel pour abandonner leurs bateaux l’été, ces derniers finissant par couler ou se faire drosser sur la côte au premier coup de mer automnal. On se figure  aisément les problèmes liés à ces mauvaises pratiques : pollution des fonds marins pour les bateaux qui coulent, frais d’enlèvement à la charge du contribuable pour ceux qui finissent à la  côte.

Les choses avaient plutôt bien commencé : Mr Trojani avait fait le choix de s’entourer d’associations du terrain (l’AARV en  particulier afin de profiter de sa connaissance technique concernant la spécificité du site ; ainsi que de l’expertise d’un cabinet d’étude, Safege, filiale de Suez environnement (ce choix était d’ailleurs discutable, au regard de l’éloignement géographique de cette entreprise, et de la hauteur des montants facturés, nous le verrons par la suite). La répartition des rôles était la suivante : A l’A.A.R.V. de formuler des recommandations techniques, à Safege de prendre en charge les aspects purement administratifs du projet.

Las, notre enthousiasme initial a été douché lorsque nous nous sommes rendus compte de la tournure que prendrait la « copie » que s’apprêtait à rendre Safege, et par la passivité de Mr le Maire en dépit des nombreuses mises en garde de Mr Perfetto (président de l’AARV) au sujet d’un projet porté par des personnes qui ne connaissaient absolument pas la zone  :

– un projet catastrophique sur le plan technique : ce cabinet d’étude a déjà été impliqué dans la réalisation de ZMEL, notamment à Cannes. Or, l’option technique retenue a été une pure aberration : les bateaux ne sont pas disposés en ligne et ont donc une zone d’évitage de 360 degrés autour de leur bouée. Ainsi, une ZMEL permettant le mouillage de 30 bateaux occupe une surface qui aurait permis d’amarrer 120 bateaux si ces derniers étaient disposés en ligne !  Mais plus grave, les bateaux étant mouillés directement sur des ancres à vis, ce procédé n’offre aucune résistance à la traction puisque celle-ci s’exerce à la verticale ! Conséquence : cette solution ne garantit absolument pas la tenue des bateaux au-delà d’un vent force 5 (lien « le scandale des ZMEL :

http://www.alpes-maritimes.gouv.fr/content/download/30240/241891/file/SCANDALE%20DES%20ZMEL.pdf).

D’ailleurs, les ZMEL ayant opté pour cette solution sont de cuisants échecs. C’est notamment le cas dans la réserve de Girolata, ou dans la rade d’Agay… Pour ces deux zones de mouillages organisés, la solution technique s’est avérée être totalement défaillante. Les vis s’arrachant fréquemment, il a été nécessaire de procéder à un rajout de deux vis supplémentaires, reliées par des barres de 1 m x 10 cm de large.  Ce qui est un désastre pour les posidonies  (alors que, rappelons-le, leur préservation est le point de départ de la volonté de créer des ZMEL), sans parler du dérapage des coûts que cela engendre ! Il y a pire cependant : à Arcachon, c’est tout le système de mouillage qui a carrément dû être abandonné !

De plus, le coût de la ZMEL réalisée à Cannes est pharaonique : plus de 200 000 euros pour 30 bateaux, ce qui revient à un coût moyen de près de 7 000 euros par bouée. Oui, vous lisez bien : sept mille euros pour un tire-bouchon, 8 m de cordage bas de gamme (polypropylène) et 1 bouée, qui s’arrachera au premier coup de mer ; quand le prix pour la fourniture et la pose de chaque bouée sur le marché ne dépasse pas… 350 euros !!

Sur la base de cette ZMEL cannoise, on devine donc que le coût global pour la réalisation par Safege / Suez environnement d’une ZMEL à Villefranche/mer avoisinerait donc… les 400 000 euros (7 000 x 60 bateaux) !

Sentant le coût politique d’une telle réalisation dans le contexte économique actuel (en 2017, l’endettement de la ville de Villefranche sur mer s’élevait à 1.678 euros par habitant, au lieu de 955 euros pour la moyenne en France) la Chambre régionale des comptes avait par conséquent demandé à la ville de changer ses pratiques, en baissant notamment ses dépenses (Voir cet article : https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/villefranche-sur-mer-dans-le-rouge-pour-la-gestion-de-ses-comptes-1508850011 ). Mr Trojani a alors demandé à l’AARV de proposer un projet clé en main, sur lequel la commune pourrait s’appuyer afin de baisser le coût global, la règle étant de rester en dessous des 160.000€ pour 2 raisons principales :

  • afin de pouvoir bénéficier d’une procédure simplifiée, ce qui permet d’éviter les intermédiaires et les rétro-commissions (bureaux d’étude divers et variés, Maître d’Ouvrage …)
  • afin d’éviter les lenteurs administratives. Nous rappelons à ce propos que toutes les études nécessaires (impact et faisabilité) ont déjà été réalisées sur la Rade, et les refaire serait un incroyable gaspillage de temps et de l’argent.

Nous avions alors à l’époque, forts de notre expérience de plus de 20 ans dans le domaine des mouillages et de notre parfaite connaissance de ce site naturel, proposé un dossier extrêmement complet aux autorités municipales

(http://www.radevillefranche.fr/wp-content/uploads/2019/01/PROJET-ZMEL-Copyright-2019.pdf).

Ce dossier était basé sur une procédure technique simple mais unique en France : des chaînes mères maintenues au sol par des ancres à vis spécialement étudiées et fabriquées pour la zone (elliptiques et non en spirales comme le préconisent les bureaux d’étude) ; couplées à l’utilisation d’un cordage à la fois très solide mais aussi élastique (coefficient d’allongement de 40%) pour amortir les à-coups qui arrachent les ancres traditionnelles.

Ce système  présentait de nombreux avantages :

  • résister aux coups de mer (amenés à être de plus en plus fréquents et de plus en plus violents en raison du changement climatique),
  • avec un très faible impact sur le milieu marin : les études ont prouvé qu’une chaîne fixe ne nuit nullement aux posidonies car elle laisse passer la lumière au travers les maillons et donc permets une activité photosynthétique, contrairement à une plaque métallique,
  • un coût maîtrisé, en conservant la maîtrise des procédures d’installation, ce qui permet de garantir une réelle fiabilité dans le temps. Nous avions en effet réalisé des devis auprès de professionnels pour la fourniture et la pose des équipements nécessaires, et étions parvenus – comme le maire nous l’avait explicitement demandé,
  • à un coût inférieur à 160 000 euros. Ce chiffre est crucial car il permet une procédure simplifiée (évitant notamment de passer par une commission d’enquête publique, des études d’impact diverses et variées, que ce soit sur le plan environnemental ou archéologique… qui sont de nature à retarder significativement l’achèvement du projet). Il permet aussi de s’affranchir de demandes de subventions de la part de la métropole Nice Côte d’Azur, et donc à la commune de Villefranche de préserver sa liberté dans la gestion et la conduite du projet (en politique, rien n’est gratuit).
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